Contexte sociétal

Chômage, stage d’attente, travail intérimaire, flexibilité, difficulté à trouver sa place… Les jeunes sont confrontés à une société complexe, dominée par le transitoire, le précaire et le mobile. Mais faut-il n’y voir que du négatif ? Ou plutôt, comme certains le font, profiter des ouvertures offertes sur le monde ? Des milliers de jeunes et de moins jeunes décident aujourd’hui de se lancer dans une véritable expérience de vie, mettant études et carrières déjà lancées entre parenthèse.

Seul(e)s avec leur sac à dos ou pour une ONG, les objectifs et les motivations sont différents, mais ces nouveaux voyageurs ont en commun l’appel et l’appétit de l’ailleurs. Mais dans le désir de voyage, c’est moins l’espace que l’on cherche que le temps et, à travers lui, soi-même, sa place avec l’autre et le monde. Partir à l’aventure. Partir longtemps. Partir loin. Loin de l’occident. Loin de la précipitation. Pour être proche des sourires. Proche des bonheurs simples. Proche de l’humain. Prendre du recul et vivre d’autres expériences que celles qu’on connait.

Sortir des rôles préétablis

Ils sont nombreux à choisir de le faire dans les pays du Sud de la planète. L’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud Est, l’Amérique latine constituent les destinations privilégiées pour cette démarche. Sans doute dans la perspective d’y découvrir des modes de vies différents mais aussi pour s’ouvrir sur les réalités de cette partie du monde. De plus en plus de jeunes vivent des expériences alternatives avant de se stabiliser. Nombreux sont ceux qui veulent se donner le temps de réfléchir à ce qu’ils désirent vraiment, quitte à choisir d’autres manières de devenir adulte plutôt que d’entrer dans des
rôles préétablis.

Mais il ne s’agit pas uniquement de voyager vers un autre endroit du monde, il s’agit de voyager vers soi. De trouver son identité, non pas culturelle, mais personnelle. Dans une société où tout est structuré, défini, carré, voire monotone, il y a un désir de ces «nouveaux voyageurs» de briser ces frontières car ils ne veulent plus du moule social. C’est une recherche d’un autre mode de vie, d’échanges, sans cloisons et de revenir à ce qui fait que chacun d’entre nous est unique et est un individu à part entière. Ces voyages, ce sont des quêtes vers l’autre pour se trouver. Ce sont des quêtes humanistes au sens strict du terme. « Telle est la seule voie qui mène à la béatitude : d’abord, connais-toi toimême», Érasme.

Une nouvelle génération

Plus largement, ce besoin de réalisation de soi-même, avant le besoin de reconnaissance sociale, se ressent fortement dans la nouvelle génération. Une partie de cette jeunesse refuse les rôles établis et reporte l’adoption des schémas traditionnels (travail, famille, enfants…). Notre jeunesse serait de moins en moins à la recherche de satisfactions matérielles mais d’avantages dans la réalisation et l’expression personnelle.

Pour Bernard Franck, sociologue à l’UCL : «Le travail est toujours perçu comme un moyen de s’intégrer et de consommer. Mais les jeunes veulent pouvoir prendre de la distance par rapport à celui-ci, pouvoir en changer, se construire eux-mêmes, s’accomplir. Les gens qui ne rencontrent pas cela dans leur travail vont avoir tendance à s’engager dans des groupes de bénévolat ou dans des mouvements proches des altermondialistes par exemple.»

Intentions des producteurs